Voici le compte rendu de ce qui a été dit à la tribune et de ce qui s'est passé dans les coulisses tel que je l'ai vécu ...
  • 19h50 : Je traverse sous une pluie fine la place de la Mairie et passe devant les sans-papiers qui campent depuis maintenant plus de 15 jours. Ce soir on annonce une tempĂŞte, je me dis que si ça souffle fort, leur campement de fortune ne tiendra pas longtemps ...
  • 19h55 : Je rentre dans la Mairie. Contrairement au mois dernier, il n'y a que trois policiers municipaux. Tout Ă  l'air calme, le calme avant la tempĂŞte ?
  • 20h00 : Au premier Ă©tage, Eric Bureau du Parisien est en train d'interviewer Michel Bentolila. Les conseillers municipaux prennent place Ă  la tribune. Dans la salle aucun reprĂ©sentant de l'opposition municipale. Je m'installe parmi le public. Je reconnais Paul Planque (Directeur de la Semiso), Monsieur Camara l'un des sans papiers accompagnĂ© de sa femme, les reprĂ©sentants du DAL de Saint-Ouen et quelques audoniens familiers;
  • 20h05 : Quelqu'un s'assied Ă  cĂ´tĂ© de moi, me demande qui est le Maire (je lui indique Madame Rouillon). Visiblement il n'est pas de Saint-Ouen, il est accompagnĂ© de plusieurs personnes que je ne connais pas;
  • 20h10 : Madame le Maire ouvre la scĂ©ance par une communication au sujet du campement. Elle mets en avant 1/ La situation sanitaire dĂ©plorable notamment pour les enfants 2/ La gĂŞne qu'il occasionne aux audoniens (accès aux transports, dĂ©roulement des mariages ...) 3/ Le rĂ´le et l'inertie de l'Etat et de son reprĂ©sentant le Prefet de Seine-Saint-Denis dans le traitement des demandes de rĂ©gularisation des sans papiers du 4 rue Jules Verne;
  • 20h15 : Mon voisin prend violemment Ă  parti le Maire :
    • "Pourquoi ne laissez vous pas entrer les Roms qui squattent les locaux EDF de la rue Ardoin ?"
    • "Pourquoi les portes de la Mairie sont-elles fermĂ©es ?"
    • "Silence !" demande le Maire
    • "Nous avons le droit de nous exprimer"
    • Des injures fusent dans le public "Communistes ..."
    • Monsieur Namura, le Directeur GĂ©nĂ©ral des Services (DGS) intervient aidĂ© de la Police Municipale, menace les fauteurs de trouble d'expulsion par les forces de l'ordre, la tension est palpable ... A l'autre bout de la Salle, le journaliste du Parisien mitraille de photos ... Zut je suis dans le champ et dire que je n'ai pas dit Ă  ma femme que j'allais au Conseil Municipal ...
    • La tension retombe mais reste palpable ...
  • 20h30 : La scĂ©ance du Conseil reprend tant bien que mal son cours. Je me dirige vers l'escalier. LĂ , je dĂ©couvre la Police Nationale appelĂ©e en renfort. Les grilles de la Mairie sont fermĂ©es. Dehors les Roms, des audoniens, mais aussi le Conseiller Municipal UDF Albert Kalaydjian ...


    La Mairie assiégée ...

  • De derrières les grilles j'entends "A Saint-Ouen comme ailleurs on prĂ©fère les bobos aux prolos"
  • 20h45 : Albert Kalaydjian suivi de Mike Boroswki (UMP), Abdelhak Kachouri (PS) accompagnĂ©s de militants finissent par entrer; la police opère un filtrage sĂ©lectif aux portes de la Mairie. ArrivĂ© dans la Salle du Conseil Municipal, Albert Kalaydjian apostrophe le Maire et provoque une esclandre:
    • "Madame le Maire c'est un scandale !, Mais dans quel Monde vit-on ? je m'oppose formellement Ă  la fermeture de la Mairie"
    • "Monsieur Kalaydjian, si vous Ă©tiez arrivĂ© Ă  l'heure vous n'auriez pas eu de problème !"
    • Ses propos mettent de l'huile sur le feu et c'est reparti de plus belle, les esprits s'Ă©chauffent, une partie du public est debout, on en vient presqu'aux mains, la police nationale intervient ...


      Le moment oĂą tout a failli basculer, E. Bureau du Parisien en action ...
  • 20h45 : Après l'intervention de la Police Nationale, tout le monde fini par prendre place, le calme revient peu Ă  peu. Les points de l'ordre du jour dĂ©fillent les uns après les autres presque mĂ©caniquement ...
  • 21h00 : Albert Kalaydjian quitte la scĂ©ance ...
  • 21h15 : Les "bruyants" soutiens aux sans papiers quittent la salle ...
  • 21h50 : Le Mairie lève la scĂ©ance tout en fustigeant l'absence de la droite et l'attitude de Monsieur Kalaydjian lors de la scĂ©ance du jour ...
Ce qui s'est passé mérite quelques éclaircissements. Je tiens d'abord à signaler, pour en avoir été le temoin direct, qu'à aucun moment les sans papiers qui étaient présents dans le public ou les représentants du DAL de Saint-Ouen n'ont troublé la scéance du Conseil Municipal. Ces troubles ont été le fait d'éléments extérieurs à Saint-Ouen. Franchement quand je vois résultat, je me demande s'ils sont bien leurs meilleurs soutiens ?

Il est 22h00, je m'arrête devant le campement des sans papiers. Je souhaite terminer ce billet en vous parlant de Monsieur Camara. Monsieur Camara est guinéen, il est en France depuis 16 ans et à Saint-Ouen depuis 2000 ... il a deux enfants, la dernière Fatoumata a trois ans et la nuit dernière elle a dormi sous la tente avec ses parents. Monsieur Camara est Musulman, hier soir c'était la fête de la fin du Ramadan, nul doute que pour lui et ses compagnons d'infortune, le coeur n'était pas à la fête. Ce qui m'a impressionné chez cet homme c'est sa dignité. Que nos élus en prennent de la graine ...

Il m'a également dit que s'il refuse d'aller à Vaujours, c'est que "sans papiers et sans ressources, aller à Vaujours c'est se retrouver loin de ses proches, de ses amis des ses soutiens chez qui il peut : demander du lait pour ses enfants, aller les baigner ". Bref ce n'est pas une question de carte orange comme certains l'ont maladroitement fait croire. Aller à Vaujours pour lui c'est ce couper de ce qui lui reste, la chaleur et le soutien des ses proches, sans compter les audoniens ...

Face à la situation sanitaire déplorable du campement :
  • La ville ne peut-elle pas trouver une solution de relogement provisoire ? Je pense qu'elle en a les moyens. Hier soir, la majoritĂ© des Ă©lus prĂ©sents a votĂ© une subvention complĂ©mentaire de 13.700 € au Redstar ...
  • L'ensemble des Ă©lus droite et gauche confondus ne peuvent-ils pas s'entendrent pour trouver une solution "humanitaire" Ă  cette situation dramatique et la dĂ©fendre ensemble auprès du PrĂ©fet ?
Olivier Decrock, lesaudoniens.com