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68 à Saint-Ouen, Dépôt RATP
En mai 68 j'avais 17 ans et habitais avenue Michelet. Elève en dernière année au CET de Colombes, section conducteur typographe. Nous n'avions pas réintégré les cours après les vacances de pâques, une espèce de mouvement spontané, on sentait qu'il y avait "quelque chose dans l'air"... J'attendais avec mes potes les épreuves du CAP qui devaient se dérouler en mai - juin. Nous n'étions pas très optimistes car les grandes imprimeries (l'Illustration, Del Duca...) commençaient à fermer ou a rencontrer de sérieuses difficultés.
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Dépavage
Quand les évènements ont débuté, j'ai pris mon petit appareil 18x24 et je suis allé faire un tour au quartier latin, histoire de voir. je suis tombé en pleine charge de crs place Maubert. je me suis aperçu que sans zoom et sans brassard de presse c'était pas facile de prendre des photos, mais j'ai eu rapidement l'impression d'être témoin d'un moment d'histoire.

J'avais certe une sensibilité de gauche, élevé par mon grand père ouvrier chez ferodo, ancien résistant et ma grand mère femme de service à l'école Michelet, mais je n'avais pas de conscience politique. j'ai été d'emblée fasciné et séduit par la facilité avec laquelle les gens se parlaient dans la rue, leur envie d'échanger, tout d'abord au quartier latin où des groupes se formaient spontanément un peu partout sur les trottoir, pour refaire le monde, puis sur les piquets de grève de mon quartier où je retrouvais mes voisins pour commenter les évènements.

Avec les mecs du vieux St Ouen, ceux du boulevard (Victor Hugo), du Maryland (café de la rue du Dr Bauer), de la rue des boutes en train, du Talus (quartier Cayenne) nous nous sommes retrouvés quelques fois sur les barricades. On a vu revenir les potes qui faisaient leur service militaire, démobilisés ! les anciens disaient que c'était mauvais signe, que le pouvoir ne voulait pas de fils d'ouvriers armés si ça tournait vinaigre.

J'ai suivi ainsi le déroulement de ces journées, les discussions dans la cour de la Sorbonne où il fallait quelquefois un décodeur pour comprendre, les meetings de la Halle aux vins, la marée humaine des manifs contre la répression... je me suis fait embarqué lors d'une rafle rue Lafayette, quand les barricades avaient franchi la seine et fleurissaient aussi sur la rive droite. Petit séjour à la caserne Beaujon où j'ai pu sauver quelques pellicules en les cachant dans mes chaussures (je vous joins quelques clichés). J'étais présent à la reprise de chez Wonder.

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La Reprise chez Wonder

J'ai découvert l'enthousiasme de l'espoir d'un avenir meilleur, de la parole libérée, des valeurs de solidarité, de la brutalité policière aussi, souvent aveugle. J'ai pu aussi mesurer l'écart entre les discours étudiants et le bon sens des gars sur les piquets de grève.

je garde un profond souvenir de ce joli moi de mai qui pour moi accompagna mon passage à l'âge adulte et déterminera mes engagements futurs... car les luttes continuent !

Marc Blondeau
magi2@wanadoo.fr